mardi 19 juin 2007

L'avenir du journalisme

Tel que lu sur le site de Courrier international :

"Le citoyen moyen ne perçoit peut-être pas à quel point ces compressions de personnel menacent l’accès des gens à des informations importantes réunies selon des exigences élevées. Lorsqu’on supprime des emplois de journaliste – et, en particulier, en aussi grand nombre que le Chronicle l’envisage –, le produit est inévitablement moins bon qu’il ne l’était. Le fait est qu’il n’y aura rien sur YouTube, ni dans la blogosphère, ni ailleurs sur la Toile pour remplacer efficacement le précieux travail de ces professionnels. Il y aura moins de moyens pour enquêter, par exemple, sur des affaires aussi importantes pour le pays que le scandale BALCO [laboratoire californien qui a fourni des produits dopants à plusieurs grands noms du sport américain] ; moins de professionnels pour s’entêter à dévoiler les pratiques financières douteuses de l’université de Californie et con­traindre certains dirigeants à reconnaître publiquement leurs erreurs et à les réparer ; moins de journalistes pour suivre les mairies, les tribunaux et les écoles locales et transmettre à la communauté des informations que celle-ci considère comme dues et sur lesquelles les autres médias, télévisions et radios locales incluses, se fondent pour élaborer leurs programmes d’informations."

(...)

"Je vois un monde où l’art de transmettre une information en toute indépendance et sans parti pris est extrêmement menacé. Je vois aussi émerger une société de plus en plus divisée, de fait moins informée et plus vulnérable à la propagande politique et commerciale, aux clichés et aux partis pris. Je vois un monde dans lequel la poursuite de la vérité au service de l’intérêt général perd sa valeur culturelle au milieu du tumulte technologique, un monde où le journalisme professionnel pratiqué selon une éthique largement reconnue disparaît rapidement de systèmes d’information en pleine expansion car tout le monde va sur la Toile pour se repaître de la dernière actualité. Je vois un monde dans lequel de grandes sociétés comme Google et Yahoo! continuent à s’enrichir sans reverser grand-chose aux entreprises journalistiques, tandis que des légions de journalistes professionnels se retrouvent aujourd’hui sans emploi aux Etats-Unis parce que leur employeur, un vieux média, ne peut plus se permettre de les payer."

(...)

"Je ne peux m’empêcher d’imaginer un avenir dépourvu de journalistes compétents, dans lequel le moteur de recherche Google Actualités ne fournirait pas des informations mais les derniers délires de blogueurs isolés et les informations truquées du gouvernement et de services de communication, habilement déguisées en journalisme par des publicitaires qui ne souhaitent que vendre, vendre, vendre."

- Neil Henry, ancien correspondant du Washington Post, il enseigne le journalisme à l’université de Californie à Berkeley. Tiré du San Francisco Chronicle.