Jean-François Bélanger a remplacé Patrice Roy comme journaliste "embedded" pour le compte de la télévision de Radio-Canada.Mon collègue Philippe Bonneville est parti pour l’Afghanistan, d’où il commentera l'intervention canadienne en direct de Kandahar à compter du jeudi 4 octobre sur les ondes des stations de Corus-Québec (le 98,5 FM, Info 690 et 940 Montreal).
Mon collègue Philippe Bonneville est parti pour l’Afghanistan, « embedded ». Non, il n’existe pas d’équivalent français. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec le terme, un journaliste « embedded » est un reporter rattaché à une unité militaire impliquée dans un conflit armé. En d’autres mots, Philippe bénéficiera des joies du « Programme de couverture intégrée » du ministère de la Défense. Il n’aura qu’à payer le voyage, son équipement (une veste par balle coûte au bas mot 1500 $) et… les assurances.
Or « nos règles déontologiques exigent que les journalistes observent en tout temps une distance critique par rapport à leurs sources et à leur objet de couverture », fait remarquer le professeur Jean-Claude Picard dans la dernière édition du Trente, le magazine du journalisme québécois. « Les journalistes peuvent-ils garder une distance de l’armée qui leur permette de faire leur travail ? ». Pour CBC, Radio-Canada, TVA, Le Journal de Montréal, La Presse et le Globe and Mail, la réponse est oui.
Pour ma part, je n’en suis pas si sûr.
Pour bien comprendre le phénomène, il faut remonter à sa naissance, au début des années ’90, lorsque l’armée américaine est entrée en guerre avec l’Irak pour « libérer » le Koweït.
« Dans les années qui ont suivi la guerre du Golfe, on a appris avec stupéfaction jusqu’à quel point plusieurs journalistes américains avaient été bernés par les autorités militaires de leur propre pays et s’étaient livrés à leur insu à une vaste opération de désinformation auprès du public », rappelle le professeur Picard.
Quinze ans plus tard, cette méthode de couverture s’est pourtant généralisée dans plusieurs pays occidentaux.
Quand exactement la classe journalistique a-t-elle perdu son combat contre l’ « embedment » ? Le débat faisait rage il y a quelques années. Mais il semble qu’aujourd’hui, les entreprises de presse ont baissé les bras. Encore une fois.
Moins cher. Plus safe.
Plus safe ?
