lundi 8 octobre 2007

À qui appartient le beau temps ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la fonte de l’océan Arctique suscite les convoitises. Actuellement, quatre pays se le dispute : le Canada, la Russie, le Danemark et la Norvège. Leurs ambitions sont essentiellement motivées par des raisons économiques : le million de kilomètres carrés litigieux renfermerait, selon les estimations, au moins neuf milliards de tonnes de gaz et de pétrole, un véritable pactole pour nos économies soumises aux diktats des combustibles fossiles.

L’exploitation de ces ressources n’avait jamais été considérée sérieusement. Mais voilà : l’amincissement de la calotte glaciaire rend le pôle Nord un peu moins hostile. Sans compter qu’en 2000, les réserves mondiales de pétrole ont atteint 50 % de leur volume initial (voir la théorie du pic de Hubbert). Autant de raisons qui poussent nos gouvernements à mettre la main sur les richesses de l’Arctique.

Le 2 août dernier, une expédition russe a planté un drapeau en titane sur la dorsale de Lomonosov (Lomonosov Ridge su la carte), une chaîne de montagne de 1800 km située sous le pôle nord. La réplique du ministre canadien des Affaires étrangères, Peter MacKay, n’a pas tardé : « Nous ne sommes plus au 15e siècle. Nous ne pouvons plus voyager à travers le monde, planter des drapeaux et proclamer que ce territoire nous appartient ». Mais qu’en est-il vraiment des velléités russes ?

La stratégie du Kremlin repose sur une disposition de la Convention de l’ONU sur les droits de la mer, qui spécifie que les plateaux continentaux peuvent être considérés comme le prolongement du territoire d’un État. Ainsi, Moscou clame que la dorsale de Lomonosov est une extension géologique des îles de la Sibérie. Le Danemark affirme qu’elle est plutôt rattachée au Groenland. Le Canada, lui, a jusqu’en 2013 pour défaire ces théories ou en proposer une autre. À ce sujet, Ottawa pourrait adopter deux nouvelles approches, expliquées mieux que je ne saurais le faire ici, sur le site de l’émission Découverte. Mais je m’éloigne.

Ainsi, la communauté internationale se bat pour mettre la main sur les ressources fossiles du Pôle Nord. Or si elle le fait, c’est d’abord et avant tout parce que la glace fond. Parce que la planète se réchauffe. Vous me suivez ?

N’y a-t-il pas quelque chose de profondément dégoûtant dans tout ce débat ? Au lieu de s’entendre sur les politiques à adopter pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, d’un bout à l’autre de la planète, nos gouvernements rivalisent de promptitude à alimenter un système économique qui court à sa perte. Certains ont déjà commencé à tirer la sonnette d’alarme. Mais dans les discours de nos élus, rien ne change : le développement économique continue de primer.
Alors, à qui appartient le beau temps ? Vous aurez beau vous chamaillez, amis politiciens, dans quelques années, vous ne pourrez même plus en profiter.